Quel nouveau territoire impose le COVID 19?

Quel nouveau territoire impose le COVID 19?

En prospective territoriale, nous nous efforçons au jour le jour d’imaginer quel futur est le plus crédible sans intervention délibérée. Dans un second mouvement, nous cherchons les actions qu’il s’agit de mettre en œuvre à court terme pour que ce futur soit meilleur.

Le scénario imprévisible

En prospective territoriale, nous nous efforçons d’imaginer le futur le plus crédible sans intervention délibérée des institutions. Dans un second mouvement, nous développons les actions qu’il s’agit de mettre en œuvre à court terme pour que ce futur soit meilleur. Le Covid 19 nous a brusquement imposé un futur imprévisible. Dans ce nouveau présent, seuls les secteurs liés à la survie des citoyens sont autorisés à fonctionner normalement. La distance physique entre les êtres est passée par arrêté royal d’environ 50 cm pour la sphère personnelle à 150 cm. Le télétravail est devenu la règle pour toutes les personnes dont la valeur ajoutée ne suppose pas de présence physique dans un lieu qui soit différent de leur domicile. Plus aucun lieu de sociabilité n’est ouvert. Les maisons de repos subissent de plein fouet le fléau. La pénurie refait son apparition dans une société d’abondance.

Ces réactions choisies ou subies sont du registre de la résilience, plus que de l’anticipation. Cependant, mises bout à bout, elles créent une situation qui questionne certaines évidences de notre mode de vie. A ce stade, tout et son contraire peut être interprété du confinement. Mais il serait dommage de ne pas mettre en exergue les questions qu’il aura soulevées.

Quand tout s’arrête, qu’est-ce qui continue ?

Le Covid impose de diminuer drastiquement les contacts entre être humains. C’est une des formes que peut prendre une catastrophe. C’est aussi l’occasion de considérer ce qui est crucial, ce qui ne l’est pas et la part que chaque territoire prend dans cette distribution.

Sont considérés comme secteurs essentiels :

  • Toute la chaine des soins (hôpital, service de prévention, production de matériel médical, centre de recherche…)
  • Toute la chaine alimentaire : Production transformation, distribution et secteurs associés.
  • Toute la chaine de la fonction sécuritaire (justice, prévention, centrale de contrôle…)
  • Toute la prise en charge de la mort (pompe funèbre, etc…)
  • La gestion de la grande précarité (service d’insertion, organisme de paiement des prestations sociales, etc…)
  • Le secteur financier et assurantiel :
  • Toute la production et la distribution d’énergie (y compris les isotopes radioactifs) et de l’eau
  • La chaine logistique et le transport.

Chaque commune ou région gagne à se relire à l’aulne de sa contribution à l’essentiel. Aujourd’hui, il semble que la chaine alimentaire fasse moins défaut que la chaine sanitaire. Ce pourrait être différent demain. Et dans cette chaine sanitaire, quelle est la bonne échelle pour se réorganiser.

Vers une industrie Km Zero

La Crise du Covid 19 donne une publicité singulière à l’enjeu de réindustrialisation des pays du Nord. Nous sentons notre fragilité lorsqu’il faut s’en remettre à la Chine pour disposer des précieux masques FFP2 par exemple. De fait, la commande publique rencontre de nombreux déboires à faire parvenir ces produits dans une contexte de crise sanitaire.
Il y aurait lieu d’être capable de reconfigurer des chaines de production massives pour produire des masques, des vaccins, des réactifs, etc.

Ce raisonnement semble cohérent mais pose de nombreuses questions. Quel est le territoire susceptible de construire cette sorte de « sécurité industrielle » ? Où atterriraient ces nouvelles infrastructures ?

La première dimension de cette question est évidemment géopolitique. Sur quel territoire peut-on supposer que l’unité et la confiance seront suffisamment grandes pour qu’une crise débouche sur une solidarité coordonnée plutôt qu’un replis égoïste ? Mais derrière cette question géopolitique sourde aussi une question spatiale. Comme on l’a intégré pour le mix énergétique, il y a lieu de penser une sorte de mix productif dans lequel les secteurs cruciaux, production alimentaire incluse, prennent une place de choix. Les compensations économiques liées aux surcouts de cette relocalisation doivent intégrer la réflexion autant que les compensations pour les externalités négatives qu’elles pourraient générer pour les territoires.

L’espace public et le paysage comme infrastructure de la santé

Depuis de nombreuses années, la santé n’est plus considérée comme une prise en charges strictement médicale d’épisode de crise. Je suis malade – je rentre en contact avec l’infrastructure de soin qui prend en charge ma maladie et me remet dans mon environnement. Cette lecture linéaire de la santé a laissé la place à une lecture multidimensionnelle de la prévention sanitaire. Parmi ces dimensions, la pratique de l’exercice physique dans la vie quotidienne et dans les déplacements sont des facteurs importants. La crise du Covid 19 a mis une lumière crue sur l’espace public disponible et ce qu’il convenait d’en faire : s’y balader sans s’arrêter en l’utilisant exclusivement pour sa fonction « sportive ». Dans l’espace urbain, la qualité de l’espace public est devenue la seule garantie de la possibilité d’une activité sportive. La qualité du paysage joue ce rôle pour les campagnes, bien que l’espace public reste souvent le prérequis qui connecte chaque habitation à ce grand paysage.
Par ailleurs, cet espace public s’est trouvé largement débarrassé du flux des voitures dont les déplacement n’étaient pas cruciaux. Cette épure a partiellement compensé le manque d’espaces verts dans une série de quartiers.

Une réflexion sur l’offre qualitative des parcours piétons et cyclistes, intégrant à la fois l’espace que l’on peut reprendre à la circulation et celui qu’il s’agit de créer pour permettre une vie extérieure confortable en milieu urbain mérite d’être ravivée à l’aulne de l’espace public sous covid.

La nouvelle relation du travail et du territoire

Dans la situation mise en exergue par le COVID 19, toutes les personnes ne travaillant pas dans les secteurs cruciaux et exerçant une fonction pouvant être exercée à domicile se sont vues forcées au télétravail. On estime que 44% des personnes qui travaillent aujourd’hui le font en télétravail alors que l’on estimait hier à 42% la part des personnes dont la fonction le permettait. Résultat de l’opération, 16.5 % des kilomètres parcourus en heure de pointe se sont volatilisés. Les circulations entre communes ont chuté de 70 % selon les opérateurs de téléphonie. La SNCB réalise même qu’une partie significative de son activité peut être assurée en permettant le télétravail. Le télétravail comme solution de masse au transport de masse est maintenant éprouvé pour toutes les activités de l'économie de la connaissance.

Mais en miroir, la vidéoconférence généralisée montre aussi ses limites. Chacun s’accorde à dire que tout est paradoxalement plus lent. Le non verbal réglait une somme colossale de questions en augmentant l’efficacité des échanges. Rappelons que l’on constatait auparavant 44% de burn out supplémentaire dans les cas de télétravail.

S’il est prématuré de tirer des conclusions de cette sorte d’expérimentation massive on ne peut pas encore tirer de conclusion mais deux constats s’imposent. Oui, il y a une marge énorme pour faciliter le recours au télétravail. Non, cela ne permet pas aujourd’hui un fonctionnement aussi fluide que la co-présence au moins partielle.

Le nouvel espace de ceux qui sont cruciaux

Ne restent plus sur les routes et dans les usines que les travailleurs des secteurs cruciaux évoqués plus haut et ceux qui permettent aux autres de rester chez eux. La contrainte de la congestion est résolue. Les livraisons sont fluides (les stocks à livrer en revanche sont au plus bas).

Et pourtant, ce sont souvent les personnes dont l’espace de vie est le plus contraint qui se retrouvent à occuper l’espace des flux. Soit ils habitent loin des pôles urbains dans lesquels ils exercent leur fonction et se trouvent donc pénalisés par des transports qui diminuent leurs fréquences. Soit ils sont proches, mais dans des espaces vraisemblablement exigus, leurs revenus ne permettant pas de rémunérer les mètres carrés urbains.

Le nouvel éclairage que jette la crise sur la division sociale du travail et sa transformation, sur ceux qui jouent un rôle indispensable et les autres, sur les tâches que l’on externalisait et celles qui nous reviennent, tous ces déplacements du regard méritent de rayonner sur la distribution des pertes et des gains de demain.

10 conseils pour les collectivités en guise de conclusion provisoire

  1. Assurer la fluidité de communication entre les autorités hospitalière et les instances décisionnelles de la commune
  2. Assurer la fourniture des denrées essentielles dans la grande distribution et organiser la chaine de gouvernance
  3. Evaluer la contribution du territoire aux services cruciaux et fluidifier leur exercice.
  4. Relever précisément la part du personnel dont les fonctions peuvent être exercées à domicile et proposer des arrangements à géométrie variable en fonction de situations familiales
  5. Préserver les sols fertiles pour favoriser une relative autonomie alimentaire des territoires.
  6. Soigner l’espace public et le paysage comme s’il s’agissait de notre seule salle de sport.
  7. Valoriser les personnes dont le travail est essentiel.
  8. Assurer un accueil des personnes en extrême vulnérabilité (sans abris, etc.).
  9. Utiliser le Post Confinement pour comprendre votre territoire.
  10. Rester chez vous le plus possible et prenez soin de vos citoyens et de votre personnel.
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foto Loïc Géronnez
Loïc Géronnez
Senior Consultant Développement Territorial & Immobilier

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